L'objectif n'est plus son éradication, devenue irréaliste, mais la réduction de ses impacts sur les abeilles, la biodiversité et la sécurité des personnes. Cette lutte repose aujourd'hui sur une mobilisation à tous les niveaux : État, régions, départements, communes, apiculteurs, associations et citoyens.
La campagne de piégeage printanier 2026 a tout juste pris fin début juin. Il est temps pour celles et ceux qui avaient installé leur piège de le ranger avant de le ressortir en septembre !
Profitons de cette pause pour faire le point sur cet insecte encore méconnu !
NB : Cet article de vulgarisation restera volontairement accessible au plus grand nombre. Pour en savoir plus, le syndicat des apiculteurs du Rhône diffuse une documentation qui comblera la soif de connaissance des plus curieux d’entre vous :
>>> https://apiculture69.fr/pieger-le-frelon-asiatique
1) Comment Vespa velutina (le frelon asiatique) est-il arrivé en France ?
Le frelon asiatique à pattes jaunes, Vespa velutina, est originaire d'Asie du Sud-Est.
Son introduction en France est considérée comme accidentelle. Les premières observations remontent à 2004 dans le Lot-et-Garonne. Les scientifiques estiment qu'une ou plusieurs reines fécondées auraient été transportées dans un chargement de poteries importées de Chine destiné à un horticulteur.
L'espèce est officiellement identifiée en France en 2005-2006, puis sa progression s’est révélée fulgurante. Grâce à sa grande capacité de dispersion (plusieurs dizaines de kilomètres par an), elle a colonisé rapidement le Sud-Ouest avant de gagner progressivement l'ensemble du ter3ritoire français et plusieurs pays européens.
2) Pourquoi s’intéresse-t-on particulièrement à ces frelons ?
Illustration - @ https://www.mnhn.fr/fr/frelon-asiatique-a-pattes-jaunes
En France, Vespa crabro, le frelon européen, est une espèce parfaitement intégrée à nos écosystèmes. Souvent mal aimé en raison de sa taille impressionnante, il joue pourtant un rôle important.
Comme de nombreux insectes prédateurs, il participe à la régulation naturelle de populations d'insectes (mouches, chenilles, moustiques, guêpes, insectes affaiblissant certaines cultures) et contribue ainsi à la biodiversité locale.
Au fil du temps, il s'est intégré dans un réseau complexe de relations écologiques. Il est lui-même la proie d’animaux que nous connaissons bien :
- des oiseaux insectivores comme la pie bavarde, le geai des chênes, le guêpier d’Europe, la bondrée apivore,
- certains mammifères qui cherchent des protéines dans les larves dans des nids situés près du sol : les blaireaux, les renards, certains mustélidés.
Et comme de nombreux insectes sociaux, les frelons européens peuvent être affectés par des champignons, des bactéries, des parasites internes qui participent à la régulation naturelle des populations.
Le problème posé par le frelon asiatique n'est pas qu'il soit un prédateur : tous les frelons le sont ! Le problème est qu'il est arrivé récemment dans un environnement où il ne rencontre que peu de prédateurs capables de limiter efficacement son expansion. Les oiseaux commencent à s’adapter à leur capture et à intégrer le frelon asiatique dans leur régime alimentaire mais cette prédation reste largement insuffisante pour contrôler les populations à grande échelle.
Il faut également bien avoir en tête qu'en 30 ans, près de 70% de la biomasse des insectes a disparu (en lien avec la disparition des haies, des habitats naturels, de l'urbanisation, de l'usage des pesticides, de la pollution de l'aire et de sols et du dérèglement climatique...) avec un impact sur l'ensemble de la chaine alimentaire associée.
3) Quels sont les dégâts causés par le frelon asiatique ?
Vespa velutina est aujourd’hui principalement redouté pour son impact sur les pollinisateurs et plus largement sur l’équilibre des écosystèmes.
Son effet le plus visible concerne les abeilles domestiques. Devant les ruches, les frelons pratiquent une technique de chasse bien particulière : ils se placent en vol stationnaire et capturent les abeilles en sortie ou au retour de butinage. Cette pression constante affaiblit les colonies, non seulement par la prédation directe, mais aussi par le stress qu’elle provoque. Les abeilles réduisent alors leurs sorties, limitent la collecte de nectar et de pollen, et la colonie d'abeilles ne peut pas collecter les ressources indispensables pour passer l'hiver.
Mais les abeilles ne sont pas les seules concernées. Le frelon asiatique est un prédateur opportuniste qui consomme une grande diversité d’insectes : abeilles sauvages, bourdons, papillons, mouches pollinisatrices ou encore divers insectes utiles aux cultures. Cette prédation diffuse, moins visible que les attaques sur ruches, peut néanmoins contribuer à la diminution de certains pollinisateurs déjà fragilisés par la perte d’habitats et les pratiques agricoles intensives.
Un nid de frelons asiatiques chasse en une année 11 kg d'insectes (près de 150 000 individus), c'est considérable !
Au-delà de l’impact écologique, sa présence peut aussi générer des nuisances pour l’activité humaine. Les nids, parfois installés à proximité des habitations, des écoles ou des lieux publics, mais également dans les haies à hauteur d'homme ou même enfouis dans le sol, peuvent contenir plusieurs milliers d’individus. Si les attaques restent rares, elles peuvent survenir en cas de dérangement du nid et présenter un risque de piqûres multiples et très douloureuses..
C’est cette combinaison — pression sur les abeilles, impact sur la biodiversité et proximité possible avec les zones habitées — qui explique pourquoi sa progression en Europe est aujourd’hui suivie et encadrée.
>>> https://www.youtube.com/watch?v=iMmbpPzqUXo
4) Quelles mesures ont été prises pour contrôler les populations de Vespa velutina ?
Au départ, les pouvoirs publics ont surtout misé sur la surveillance de l'expansion de l'espèce, la recherche scientifique, l'information des apiculteurs et la destruction des nids signalés. Le frelon asiatique a ensuite été reconnu comme une espèce exotique envahissante et comme un danger sanitaire pour l'apiculture, permettant d'organiser des actions collectives de lutte.
Cependant, très vite, les experts ont constaté qu'une éradication nationale était devenue impossible en raison de la rapidité de propagation de l'espèce !
En mars 2026, le gouvernement a lancé un Plan national de lutte contre le frelon asiatique conformément à la loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole. Cependant, ce plan de lutte financé à hauteur de 3m€ est très en déça des beoins estimés à 100m€ par les syndicats d'apiculteurs (UNAF et SNA)
>>> https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/27.03.2026-DP-frelon.pdf
En ce qui concerne notre territoire, la région Auvergne Rhône-Alpes a cofinancé un outil de gestion animé par le FRGDS AURA (Fédération Régionale des Groupement de Défense Sanitaire). Leur site internet https://www.frelonsasiatiques.fr est une mine d’informations très utiles et permet de gérer les signalements du frelon asiatique jusqu’à la destruction des nids.
Au niveau département, depuis 2025, une structure de pilotage constituée de 3 associations sanitaires apicoles du département du Rhône (GDS Rhône, GDSA69 et GASAR) organise la lutte popur que chaque communauté de communes et chaque commune du département dispose d'un référent en charge de coordoner le piegeage au niveau local.
Depuis 2024, de son côté, la CCSB a lancé un plan d’action reposant sur trois grandes priorités : sensibilisation et mobilisation citoyenne, campagne de piégeage de printemps, destruction des nids
>>>https://ccsb-saonebeaujolais.fr/environnement-dechets/developpement-durable/especes-envahissantes/les-especes-exotiques
A Saint-Georges de Reneins, une campagne de communication a été lancée au printemps 2026 pour informer les habitants, distribuer une vingtaine de pièges à des habitants motivés par cette action.
>>> https://saintgeorgesdereneins.fr/lutte-contre-le-frelon-asiatique
5) Comment distinguer les deux espèces de frelons ?
Illustration @https://www.frelonsasiatiques.fr
6) Pourquoi s'intéresser aux reines au printemps ?
À l'automne, les colonies produisent de nouvelles reines et de nouveaux mâles. Après l'accouplement, seules les futures reines fécondées survivent à l'hiver. Elles se cachent dans des abris naturels (tas de bois, cavités, bâtiments, haies...) dans un rayon de 500 mètres autour de leur nid et entrent en diapause.
Dès les premiers redoux du printemps, généralement entre février et avril selon les régions, quand la température atteint 14°C, ces reines émergent et recherchent de la nourriture énergétique, un emplacement pour construire un nid primaire, les ressources nécessaires pour élever leurs premières ouvrières.
C'est à cette période qu'elles sont seules. Chaque reine capturée représente donc potentiellement un nid qui ne verra jamais le jour ! L'idée paraît séduisante : une reine éliminée = plusieurs milliers de frelons évités. L'objectif n'est pas de capturer le plus d'insectes possible, mais de cibler les reines fondatrices de frelons asiatiques.
Les emplacements les plus favorables sont à proximité des anciens nids connus et non détruits la saison précédente, près des ruchers, dans les jardins riches en floraisons, le long des haies ou des lisières.
Il est recommandé de privilégier les pièges sélectifs, sans noyade des insectes, qui permettent de réduire les captures d'espèces non ciblées et faciliter l'identification des captures.
@Piège BeeVital
7) Qu’en est-il de la campagne de piégeage 2026 ?
Cette année encore, les citoyens mobilisés pour piéger les reines fondatrices n’ont pas été déçus. Rares sont les pièges qui sont restés vides…tandis que d’autres sont particulièrement bien remplis !
Au sud de Saint-Georges de Reneins par exemple, dans un piège BeeVital placé dans un verger à 1,5m de hauteur, dans un couloir de vent, on a compté près de 100 reines frelons asiatiques piégées en mai 2026 !
Si vous avez piégé des reines, rendez-vous sur la plateforme https://signal.frelonsasiatiques.fr/piegeage-printemps pour enregistrer vos données.
Au cours du printemps 2025, au moins 44 000 reines fondatrices avaient été attrapées dans le Rhône et la Métropole de Lyon.
>>> https://mesinfos.fr/auvergne-rhone-alpes/frelon-asiatique-dans-le-rhone-une-lutte-structuree-mais-toujours-plus-chere-233813.html
8) Que faire pendant l'été ?
Le nid primaire, de petite taille au printemps, est généralement abandonné au profit d'un nid secondaire beaucoup plus volumineux. Dès le printemps, l'idéal est de repérer les nids primaires et de les détruire !
L'été est la période où les nids secondaires deviennent plus visibles, souvent placés en haut des arbres. À cette période, l'action la plus efficace consiste à repérer, signaler et faire détruire les nids, et en parallèle protéger les ruchers.
Attention : Tenter d'intervenir soi-même peut être dangereux. La destruction doit être réalisée par des professionnels équipés.
Pour assurer la gratuité de destruction des nids aux habitants, la CCSB a mis en place une convention avec les communes volontaires pour partager les coûts d’intervention.
>>> Formulaire de signalement de la CCSB : https://ccsb-saonebeaujolais.fr/wp-content/uploads/sites/4/2025/05/Formulaire-de-signalement.pdf
Certaines assurances habitations couvrent maintenant une destruction de nid par an: renseignez-vous auprès de votre assureur !
9) Et comment réagir en cas de piqûre ?
des réactions allergiques et des piqûres multiples lors d'une attaque collective à proximité d'un nid.
- Éloignez-vous de la zone: Les frelons peuvent attaquer en groupe si leur nid est menacé. Si besoin, mettez-vous à l'abri dans un bâtiment ou un véhicule.
- Nettoyez la piqûre: Lavez à l'eau et au savon. Désinfectez si possible.
- Appliquez du froid: Poche de glace ou linge froid pendant 10 à 15 minutes à renouveler plusieurs fois dans la journée.
- Retirez les objets serrés: Bagues, bracelets, montre si la piqûre est sur une extrémité susceptible de gonfler.
- Surveillez l'évolution: Douleur, rougeur et gonflement local sont habituels pendant quelques heures à quelques jours. Pour soulager les symptômes : Un antalgique comme le paracétamol peut être utilisé si nécessaire (en respectant les contre-indications et la posologie).
- Difficulté à respirer ou à avaler.
- Gonflement du visage, des lèvres, de la langue ou de la gorge.
- Malaise, étourdissements, perte de connaissance.
- Urticaire généralisée sur le corps.
- Chute de tension, sensation de faiblesse importante. Ces symptômes peuvent traduire une réaction allergique sévère (anaphylaxie).
L'automne est une période clé. Les colonies atteignent alors leur taille maximale et la pression sur les abeilles devient souvent très forte. C'est aussi la période où les futures reines naissent et vont se cacher pour ressortir au printemps suivant.
En septembre, il sera donc temps de ressortir les pièges !
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