L’agglomération de Villefranche-Beaujolais-Saône va clore le 5 juin prochain l'enquête publique pour Beau Parc, nouveau nom de l’ancienne ZAC de l’Île Porte à Arnas.
Le projet initial date de 2010, il s’agissait d’un projet de 120 ha, incluant l’installation d’un magasin Ikéa… Aujourd’hui, le périmètre est beaucoup plus modeste. Pensé comme un éco-parc d’activités de nouvelle génération, le projet vise à renforcer l’attractivité économique du nord du Beaujolais en combinant activités industrielles, tertiaires, services, habitat et espaces publics sur un périmètre d’environ 37 hectares autour du lieu-dit de l’Ave Maria.
Dans cet article, nous invitons nos lecteurs à prendre connaissance de ce projet limitrophe de Saint-Georges-de-Reneins et nous les incitons à participer à l’enquête publique.
Notez que tous les documents relatifs à ce projet sont consultables en ligne. C’est un dossier complexe, très fastidieux à lire… de plus de 3500 pages ! https://www.agglo-villefranche.fr/avis-denquete-publique-projet-beau-parc-a-arnas
Pour avoir une vue générale du projet, vous pouvez vous reporter à cette présentation: https://www.registre-numerique.fr/zac-ile-porte-beau-arnas/voir?document2=211828
A ce jour, toutefois, aucune réunion publique n’a été programmée pour présenter le “nouveau” projet aux habitants.
Un projet de reconversion et de rayonnement
Beau Parc est présenté par l’agglomération VBS comme son plus grand projet de développement économique depuis quinze ans. Le site, situé à la frontière de l’agglomération VBS et de la CCSB, doit accueillir une forte composante productive, avec des surfaces dédiées à l’industrie et à la production (67 000m2), mais aussi des bureaux, des services, des commerces de proximité (23 000 m2) et un volet résidentiel (environ 145 logements).https://youtu.be/hPCAxuik_QE
L’idée est de créer un site cohérent, bien desservi, et capable d’aligner développement économique, logements et services, tout en s’inscrivant dans une image de territoire industriel et innovant.
Le projet met en avant une démarche de réduction de l’empreinte environnementale, une certification HQE Aménagement Durable et l’aménagement d’espaces publics destinés à améliorer les mobilités et la qualité de vie sur le site.
Un projet à la fois stratégique et exposé
Sur le plan économique, les promoteurs du projet évoquent un potentiel important pour accueillir des entreprises locales en croissance, attirer des acteurs extérieurs et créer plus de 1000 emplois , avec des objectifs de développement économique à l’échelle de tout le bassin de Villefranche et du Beaujolais.Cette réussite dépendra notamment de trois conditions : une commercialisation solide, une intégration urbaine et environnementale crédible, et une maîtrise des conséquences sur les mobilités et le cadre de vie.
- Comme beaucoup de grandes opérations d’aménagement, Beau Parc dépend de la capacité réelle à commercialiser les terrains, à attirer des entreprises compatibles avec l’offre proposée et à tenir un calendrier de réalisation qui peut s’étaler sur plusieurs années.
- Même si le projet affiche des objectifs de sobriété foncière et de qualité paysagère, il reste une opération de grande ampleur sur 37 hectares, avec des enjeux de consommation d’espace, d’artificialisation, de gestion de l’eau, de circulation routière et d’impact sur les milieux existants.
- L’arrivée de logements, d’activités et de flux supplémentaires peut créer des tensions sur la voirie, les mobilités quotidiennes et l’acceptabilité locale du projet, surtout si les riverains ont le sentiment que les promesses d’apaisement du trafic ou de qualité de vie ne sont pas tenues.
Des mesures spécifiques liées à la pollution des sols
La zone retenue par le projet est traversée par la RD306 et la voie ferrée, à proximité de la déchèterie, d’exploitations agricoles en activité et du marais de Boistray. L’état des sols est extrêmement varié, certains exempt de pollution et d’autres extrêmement pollués.Sur ce thème, on fera notamment le lien avec les travaux menés depuis une vingtaine d’années par le lanceur d’alerte Jean-Pierre Andry et par exemple son intervention à un conseil municipal de Gleizé en 2017 (https://www.mairie-gleize.fr/content/kiosque/docs/cr-cmmai2017.pdf)
Ce sujet a fait l'objet de débats lors du conseil communataire du 27 mai dernier comme le relate le Progrès:
>>> Extrait du dossier Note de synthèse des études pollution des sols
- Les secteurs sans enjeux: La majeure partie des lots de quartiers industriels et habitats ne font l’objet d’aucune mesure de gestion du fait de l’absence de pollution.
- Les secteurs à enjeux liés à la gestion des terres lors des travaux: Il s’agit de certains lots ou bassins qui comportent des zones localisées de pollution en métaux. Il s’agira ici d’appliquer la réglementation Site et sols polluées et sur les déchets, avec maintien sur site par recouvrement ou évacuation en filière agréée en cas d’export.
- Les secteurs spécifiques Ave Maria: Il s’agit des zones de parking avec des enrobés amiantés et des pollutions aux hydrocarbures. Là également les mesures de gestion s’appuieront sur la réglementation pour une évacuation en filière agréée avec des méthodologie spécifique en phase travaux.
- L’ancienne carrière dans le quartier industriel: Les mesures ayant montré l’absence d’impact sur les eaux souterraines de ces déchets, ils sont laissés en place dans une zone sanctuarisée à vocation uniquement paysagère. La zone limitée nécessaire à la future voirie sera traitée par évacuation en filière agréée.
- Le secteur de la déchèterie: Il n’est pas directement touché par la ZAC hors le réaménagement de l’accès à la déchèterie. Ces travaux se feront en cohérence avec la réglementation et la Servitude d’Utilité Publique en cours de constitution.
Un projet aux impacts environnementaux significatifs
A deux pas du marais de Boistray, classé Espace Naturel Sensible, le principal impact environnemental de Beau Parc est la consommation de foncier : le projet couvre 37 hectares à Arnas et mobilise une part importante d’espaces aujourd’hui destinés à être aménagés pour des activités, des logements et des voiries.Le projet a reçu en septembre 2023 un avis favorable de la commission départementale de préservation des espaces naturels agricoles et forestiers (CDPNEAF).
Trois enjeux environnementaux majeurs sont bien identifiés : l’artificialisation des sols, la protection de la biodiversité, la gestion de l’eau.
- Même si le projet se présente comme un éco-parc, la création de bâtiments, de routes internes, de parkings et d’espaces publics transforme durablement le sol et réduit les surfaces naturelles ou agricoles disponibles.
- L’étude d’évaluation environnementale mentionne des réservoirs de biodiversité à prendre en compte dans le secteur. Le projet doit éviter ou réduire les atteintes aux habitats et aux espèces présentes, notamment celles du marais de Boistray, des gravières ou de la ripisylve du Marverand. La qualité paysagère, la place donnée aux arbres et aux continuités écologiques sont donc des points d’attention importants.
- Sur un site de cette taille, l’imperméabilisation des sols va augmenter les quantités d’eaux de pluie à gérer, avec des risques de surcharge des réseaux, d’inondation locale ou de pollution diffuse si les dispositifs de gestion ne sont pas suffisamment dimensionnés.
Focus sur un écrin reneimois: le marais de Boistray
Le marais de Boistray, situé à Saint-Georges-de-Reneins, est l’une des dernières grandes zones humides préservées du département du Rhône. Sa singularité tient d’abord à sa taille — près de 120 hectares — mais surtout à la richesse exceptionnelle des milieux qu’il rassemble : prairies humides, roselières, mares, fourrés et boisements alluviaux coexistent.C’est un espace classé Espace Naturel Sensible (ENS) par le département du Rhône et reconnu Géosite par le Geoparc Beaujolais, label UNESCO reconnu internationalement.
Ce marais joue un rôle écologique majeur dans le Val de Saône : refuge pour de nombreuses espèces rares et protégées, il sert aussi de zone d’expansion des crues et de filtre naturel pour l’eau. Dans un contexte où les zones humides disparaissent progressivement, Boistray apparaît comme un vestige précieux des grands marais autrefois présents le long de la Saône.
Sa particularité réside également dans l’équilibre entre nature et activité humaine : le site est entretenu grâce à des pratiques agricoles traditionnelles — pâturage, fauche des prairies — qui contribuent à préserver sa biodiversité. Cette gestion douce fait aujourd’hui du marais un espace emblématique de la préservation du vivant en Sud Beaujolais.
Le marais de Boistray est limitrophe du projet Beau Parc et sera notamment impacté par la phase de travaux, puis à terme par les conséquences de l'artificialisation des sols: ruissellement des eaux, menace sur la biodiversité…
Ces sujets sont mentionnés à plusieurs reprises dans le dossier Loi Eau (rubriques III.2 et IV.8.A.) et dans le document Evaluation environnementale (592 pages et 61 mentions du marais de Boistray)
Voici une rapide synthèse des sujets abordés dans le dossier Loi Eau:
- Le dossier d’enquête publique relatif à la ZAC Beau Parc insiste sur la préservation des équilibres hydrauliques et écologiques existants, notamment autour du Marais de Boistray. Trois exutoires sont maintenus : le Marverand, le Marais de Boistray et la prairie, déjà présents dans l’état initial du site. Les études indiquent que les grands bassins versants ont été conservés autant que possible afin de garantir l’alimentation naturelle en eau de ces milieux.
- Le projet affirme également préserver les continuités écologiques identifiées par le SRCE Rhône-Alpes. Le périmètre de la ZAC a été réduit pour éviter le cœur de biodiversité du Marais de Boistray, tandis que les zones de recul le long du Marverand et de la Saône sont respectées. Les eaux rejetées feront l’objet de traitements adaptés afin de limiter les impacts environnementaux.
- Concernant les eaux pluviales, le projet prévoit une gestion spécifique avec un débit de rejet limité à 4 l/s/ha pour une pluie trentennale. Plusieurs dispositifs de rétention et de régulation seront mis en place, notamment le bassin D1 destiné au bassin versant du Marais de Boistray. Ce bassin mutualisé collectera les eaux des espaces publics et des parcelles privées avant leur restitution régulée au marais via une canalisation aménagée pour limiter l’érosion.
- Le dossier souligne que cette nouvelle organisation serait bénéfique au marais. Aujourd’hui, celui-ci reçoit des eaux de ruissellement transitant notamment sous la déchetterie et la plateforme de recyclage. Avec le projet - si la réalisation est bien conforme aux études réalisées en amont - les eaux seront préalablement traitées grâce à des dispositifs de dégrillage, décantation, noues végétalisées et cloisons siphoïdes permettant une meilleure dépollution et une régulation des débits.
- Enfin, des dispositifs de sectionnement faciliteront également l’isolement du marais en cas de pollution accidentelle, notamment liée au trafic routier.
Et un résumé des thématiques qui concernent le marais abordées dans le dossier Evaluation environnementale:
- Le dossier environnemental de la ZAC Beau Parc présente une analyse des enjeux écologiques du secteur en s’appuyant sur la démarche « Éviter, Réduire, Compenser » (ERC). Le projet a été conçu en tenant compte des contraintes réglementaires, notamment du PPRI, et en cherchant à éviter les habitats les plus sensibles. Le site se situe dans le périmètre du SCoT Beaujolais, à proximité immédiate du marais de Boistray, reconnu comme un important réservoir de biodiversité, ainsi que d’un site Natura 2000.
- Même si la zone d’implantation ne comprend pas de corridor écologique terrestre identifié, elle se trouve dans un environnement naturel complexe marqué par la présence du Marverand, de zones humides et d’espaces agricoles semi-boisés. Les continuités écologiques sont toutefois déjà fortement fragmentées par plusieurs infrastructures de transport majeures : autoroute A6, voie ferrée et routes départementales. Ces coupures limitent les déplacements de la faune entre les différents milieux naturels voisins.
- Le marais de Boistray apparaît comme le principal secteur à enjeu écologique. Dernier grand marais du Rhône, il abrite des espèces végétales rares ou protégées comme l’Ail anguleux et la Fritillaire pintade, ainsi que des espèces animales d’intérêt patrimonial telles que le Cuivré des marais (Concernant ce dernier, les études concluent à une population locale faible et fragile, dépendante du site Natura 2000 voisin. L’espèce présente une forte vulnérabilité pendant les phases de travaux, même si ses habitats sur le site d’étude sont jugés secondaires et partiellement dégradés.). Les inventaires soulignent également l’importance des habitats humides liés au Marverand et à sa ripisylve, reconnus comme zones humides départementales.
- Les études faunistiques mettent en évidence la présence de nombreuses espèces sensibles, notamment des chauves-souris utilisant les vieux arbres à cavités, les haies et certains bâtiments agricoles comme gîtes potentiels. Plusieurs espèces patrimoniales de chiroptères ont été recensées à proximité du site. D’autres enjeux concernent l’avifaune, les amphibiens et les insectes, particulièrement autour du marais de Boistray et des zones humides annexes.
- Le dossier souligne également la richesse paysagère et patrimoniale du secteur, composé de fermes anciennes, châteaux et bâtis historiques participant à l’identité du territoire (ferme de l’Ave Maria, les Tournelles, château de Boistray).
Une occasion de repenser les mobilités
Une inquiétude concerne l’augmentation des circulations liées à un quartier mixte avec logements, activités artisanales et tertiaires. Le projet va accroître les déplacements motorisés si l’offre de transport collectif, de vélo et de marche ne suffit pas à absorber les nouveaux flux d’usagers, de salariés et de résidents.Exemple de contribution dans le dossier d’enquête publique en cours : « Nous nous inquiétons de l’absence actuelle de cheminements piétonniers vers le centre bourg et notamment sous le passage de la voie ferrée, route du Verrier très circulée et dangereuse, d’autant que le projet prévoit 140 logements, s’ajoutant à ceux de l’Escale au nord. Des aménagements sont -ls prévus pour améliorer la situation ? Et notamment la visibilité de part et d’autre du pont ? »
Le commissaire enquêteur a bien précisé que la circulation automobile serait régulée par des feux installés de part et d'autre du passage sous la voie ferrée, laissant la place à une voie partagée pour les cycles et les piétons.
Sur la question des modes actifs et notamment du vélo, le projet prévoit de s’intégrer à une future liaison nord-sur de long de la RD306. A notre connaissance, il n’y a cependant pas encore de piste cyclable prévue pour traverser Saint-Georges…
Sur la question des modes actifs et notamment du vélo, le projet prévoit de s’intégrer à une future liaison nord-sur de long de la RD306. A notre connaissance, il n’y a cependant pas encore de piste cyclable prévue pour traverser Saint-Georges…
Quant aux liaisons en bus depuis Villefranche, un terminus est prévu à l’Ave Maria…mais il ne semble pas non plus y avoir de continuité envisagée avec Saint-Georges/Belleville..
Participez à l’enquête publique !
Les Reneimoises et les Reneimois sont invités à participer à l’enquête publique, étape cruciale d’un projet de grande envergure qui ne verra cependant pas le jour avant encore plusieurs années !Même si le projet n’est pas sur leur commune, certains enjeux les concernent:
- la proximité d’une nouvelle zone d’attractivité économique à deux pas de Saint-Georges (en complémentarité/en concurrence avec les activités déjà existantes sur la commune ?),
- l’augmentation des flux de circulation, notamment automobile, pour desservir la ZAC via la RD306 ou via le “raccourci” déjà fort emprunté sur le front de Saône et le chemin de Boistray,
- le projet de voie cyclable et de cheminement piétonnier autour de la ZAC, via une piste cyclable parallèle à la RD306 (qu’en est-il de son prolongement sur la commune de Saint-Georges et au-delà vers Belleville ?) et en direction de la gravière, future zone d’intérêt écologique, une fois l’exploitation terminée.
- la pérennité du marais de Boistray, son approvisionnement en eau de qualité, sa biodiversité.
- l’installation d’une aire d’accueil des gens du voyage à proximité des Tournelles,
- une nouvelle demande d’extension de la gravière Vicat du pré de Joux, à l’est de Beau Parc, de l’autre côté de l’autoroute.
Pendant toute la durée de l’enquête, le public peut formuler ses observations et propositions :
- sur le registre papier en mairie d’Arnas
- sur le registre dématérialisé (en ligne) :https://www.registre-numerique.fr/zac-ile-porte-beau-arnas
- par courrier postal adressé à la mairie d’Arnas, à l’attention du commissaire enquêteur
Le commissaire enquêteur tiendra sa dernière permanence à destination du public en mairie d’Arnas : Vendredi 5 juin 2026 : 14h30 – 16h30
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