Les habitants de St Georges, comme beaucoup de français, ont pu constater ces dernières semaines, que la plupart des panneaux indicateurs des entrées d’agglomérations avaient été retournés. Certains d’entre nous ont pu conclure hâtivement à du vandalisme, d’autres à une mauvaise farce. Il n’en est rien car il s’agit d’une manifestation nationale du principal syndicat d’exploitants agricoles : la FNSEA. Le retournement des panneaux des entrées de villages vise à faire prendre conscience au grand public qu’on « marche sur la tête » en matière de politique agricole et alimentaire.
Des manifestations agricoles se sont organisées un peu partout en Europe, d’abord en Allemagne et aux Pays-Bas, puis maintenant en France. Le blocage des routes peut certes gêner certains d’entre nous, mais il faut s’interroger sur les raisons de cette colère qui monte dans le monde agricole hexagonal et s’étend au-delà de nos frontières nationales.
Nous sommes embarqués sur le même bateau !
Ces actions pourraient laisser indifférent ou sceptique s’il n’y avait un point commun vital entre ce que produisent les agriculteurs et ce qui nous nourrit.
En d’autres termes, nous sommes embarqués sur le même bateau. La quasi-totalité de notre alimentation provient au départ des productions agricoles, lesquelles subissent peu ou prou des transformations destinées à les rendre directement consommables par les humains ou les animaux domestiques.
En effet, une partie des produits agricoles sont consommables en l’état après un simple conditionnement (lavage, parage, emballage) : c’est le cas des fruits et légumes frais.
Les autres productions subissent des transformations au sein des industries agro-alimentaires comme par exemple les céréales transformées en farine pour faire le pain, les pâtisseries, les pâtes, etc… Les animaux vendus vivants sont tués dans des abattoirs, puis découpés et conditionnés en charcuteries, pièces de viandes, etc…
Ainsi, à l’exception d’une petite minorité pratiquant la vente directe au consommateur, la majorité des agriculteurs sont conduits à commercialiser leur production auprès des négociants et coopératives, subissant de ce fait, les aléas d’un marché de plus en plus mondialisé. Par exemple, le prix du blé en sortie de ferme dépend, pour partie, du marché de Chicago aux USA et pour partie, des sorties de céréales ukrainiennes dans le contexte de la guerre. Les matières premières agricoles sont donc soumises à un marché mondialisé qui fonctionne avec la même logique que les marchés boursiers.
La situation actuelle
Ainsi, les derniers ajustements de la politique agricole commune mettent encore plus l’accent sur ce qu’on appelle « les aménités positives », c’est-à-dire, les services qu’apporte l’agriculture à l’intérêt général : entretien des paysages, protection de la biodiversité, limitation des pollutions de l’eau et de l’air, bien-être des animaux, contribution au développement des espaces ruraux.
En conséquence, l’évolution de la réglementation européenne a conduit les pouvoirs publics nationaux à fixer de nouvelles contraintes telles que l’interdiction de certains produits de traitement des cultures, la constitution des bandes enherbées le long des cours d’eau, l’entretien des haies, la pratique de la jachère sur une fraction de la superficie des exploitations, l’obligation de pratiques souvent coûteuses pour protéger les animaux, etc…
Certains agriculteurs ont le sentiment d’être dépouillés de leur métier de base et refusent de devenir des jardiniers de la nature. Plus généralement, les efforts supplémentaires demandés à chacune des réformes successives de la PAC (voir l’historique de la PAC) donnent le sentiment d’en demander toujours plus alors que les prix agricoles sont de plus en plus bas à cause, notamment, de la pression de la grande distribution sur les prix.
En effet, l’industrie agroalimentaire et la grande distribution sont organisées presque en oligopole. Pour prendre un exemple concret, dans la filière laitière, trois entreprises de l’industrie agroalimentaire se partagent entre la moitié et les trois-quarts du marché Français de chaque produit laitier et 5 distributeurs accaparent 82 % de part de marché en moyenne sur tous les produits alimentaires en 2023.
Les 71 000 exploitations laitières françaises ont donc un faible pouvoir de négociation face à ces acteurs concentrés et ils n’ont donc pratiquement pas de marge de négociation sur le prix de vente de leur lait.
Ainsi, les agriculteurs français se sentent pris en tenaille entre une réglementation de plus en plus envahissante et des prix qui baissent malgré eux, ce qui explique qu’ils ont l’impression qu’on « marche sur la tête ».
On ne peut pas leur en demander davantage en les payant moins !
Les aléas climatiques de 2023 (sécheresse de l'été puis intempéries de fin d'année) noircissent encore le tableau. Enfin, le projet de démantèlement progressif des exonérations de taxes sur le fuel agricole a constitué « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». La fronde a débuté en Allemagne et s’étend maintenant en France.
Les réactions du monde agricole
De plus en plus d’agriculteurs ont le sentiment d’être écrasés par une réglementation qui leur demande toujours plus d’efforts, des contrôles jugés comme excessifs, voire tatillons et un contexte climatique inquiétant.
Dans le même temps, les prix agricoles sont poussés à la baisse par le poids de la grande distribution qui ne respecte pas la loi « EGALIM » censée interdire les achats au-dessous des prix de revient.
Ces éléments conjugués génèrent un sentiment de découragement, voire d’incompréhension vis-à-vis des pouvoirs publics, conduisant certains producteurs au suicide.

Dès novembre, à l'issue d'une rencontre avec le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau, la FNSEA et le syndicat Jeunes Agriculteurs ont alerté les services de l’Etat et menaçaient d'un mouvement, suscitant les inquiétudes de l'exécutif.
C’est pourquoi, les exploitants agricoles ont lancé à l'automne une opération baptisée "On marche sur la tête" qui consiste à retourner les panneaux de signalisation à l'entrée et à la sortie des communes. Au-delà des communes du Beaujolais, c'est déjà le cas dans 12.000 localités, soit près d'un tiers des communes françaises.
"Nos réseaux appellent à une véritable respiration normative face aux constats que nos dirigeants marchent sur la tête", pouvait-on lire en novembre dans un communiqué commun, dans lequel les deux syndicats demandaient notamment à l'Etat de suspendre la hausse de la redevance sur les pollutions diffuses et de la redevance sur l'eau.
Le gouvernement a finalement consenti en décembre à supprimer du projet de budget 2024 une hausse de 20% de la redevance pour pollution diffuse (RPD) ainsi qu’une taxe sur les ventes de pesticides. Mais ces mesures ne sont pas à la hauteur des problèmes plus graves qui entravent notre agriculture.
Lors de sa conférence de presse, le mardi 16 janvier 2024 au soir, Emmanuel Macron s'est engagé à réduire les "normes inutiles" qui "découragent" les agriculteurs. Au cours des derniers jours, le Premier ministre a annoncé la suppression de la hausse progressive de la taxe sur le GNR (gazole non routier), des mesures d’accélération du paiement des aides agricoles ainsi que des mesures de simplification administrative.
Mais les agriculteurs, qui manifestent leur colère à travers la France, exigent des réponses rapides du gouvernement à leurs revendications et ne se contenteront pas d'un exercice de communication de la part du Premier ministre Gabriel Attal, a prévenu mercredi Arnaud Rousseau, le patron de la FNSEA, principal syndicat agricole français.
De plus, force est de constater que les dirigeants de ce syndicat sont souvent débordés par leur base, d’autant que le mouvement a été rejoint par la Confédération paysanne et par la Coordination rurale, deux syndicats concurrents de la FNSEA.
En effet, le monde agricole n’est pas aussi unitaire que veut bien le dire le syndicat dominant. Il n’y a pas une seule agriculture, pas plus qu’un seul modèle agricole.
Les exploitations agricoles sont très diverses dans leurs tailles et leurs systèmes de production. Le Président de la FNSEA exploite près de 700 ha dans le bassin parisien. Il exerce également des responsabilités dans plusieurs grandes entreprises agro-alimentaires dont les intérêts financiers sont opposés à ce que revendiquent les manifestants. Les éleveurs adhérents de la FNSEA qui souffrent et vivent avec un demi smic mensuel, ne se sentent pas représentés par de tels responsables professionnels. C’est ce qui explique les voix discordantes de ces derniers jours et l’élargissement du mouvement à d’autres tendances syndicales.
Lyon Mag du 25/01/2024 : Les collectivités territoriales au chevet de notre agriculture ?
RépondreSupprimerLa mobilisation des agriculteurs partout en France et même en Europe ne laisse personne indifférent.
Revenus insuffisants, transmission difficile, attractivité de la profession sinistrée, normes parfois décourageantes et dérèglement climatique inquiétant sont autant d’ingrédients qui rendent la potion indigeste.
La fin de l’agriculture française signifierait tout simplement notre faim. C’est un fait qu’il nous faut avoir en tête, de même que le rôle essentiel joué par nos agriculteurs dans la préservation de nos paysages, éléments inestimables de notre patrimoine national.
Or, j’ai la conviction que les collectivités, de par leurs compétences et marges de manœuvre, peuvent contribuer très concrètement à un soutien massif à l’agriculture de proximité.
Dans nos marchés publics de restauration collective (petite enfance, cantine scolaire, centres de loisirs, établissements pour seniors) nous disposons de leviers concrets pour être de réels prescripteurs de notre agriculture locale ...
Sébastien Michel - Maire d’Écully
Carte électorale RCF Lyon le 3/02/2024 avec Christophe Guilloteau : « On paie des années de non-soutien à nos agriculteurs »
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