Jardins partagés, St Georges peut mieux faire

Pour appréhender les jardins partagés, il convient de mieux connaître leurs histoires, leurs objectifs et leurs principes de fonctionnement. Après une première tentative décevante, la municipalité de St Georges s'apprête à lancer un nouvel appel à candidatures. Pour animer et profiter de ces lieux d’utilité publique, de culture et de convivialité, le Blog de St Georges propose quelques pistes et de l’enthousiasme.

Une lettre dans le "St Georges Info" distribuée aux 2000 foyers Reneimois et seulement 6 réponses ...
Par une lettre du 29/03/2021, signée du Maire et de son adjoint chargé de l’environnement glissée dans le St Georges infos d’avril 2021, les Reneimois étaient informés du souhait de la commune d’initier et de faciliter la création de  jardins partagés.  
Cette initiative rencontre un large consensus au sein du conseil municipal puisque rappelons le, cette action environnementale était proposée dans les programmes électoraux respectifs des deux listes lors des dernières élections. L’intention est donc d’autant plus louable qu’au-delà d’impliquer la commune dans une responsabilité sociétale environnementale, elle vise également à développer les valeurs d’échange, de partage, de solidarité voire d’animation culturelle au sein de notre commune. Force est de constater que l’implication personnelle de l’adjoint au Maire chargé de l’environnement dans cette mission n'a pas rencontré pour l’instant le succès escompté. Lors d’une des questions diverses, le conseil municipal du 26 avril nous apprenait que seuls six Reneimois auraient manifesté leur intérêt pour ce projet ... Deux fois moins de candidatures que pour rejoindre la commission citoyenne sur le foyer municipal, quelle déception ! 
Alors que ce type d’initiative s’est fortement développé dans toutes les agglomérations quelle que soit leur taille, et en particulier dans notre région, on s’interroge sur les raisons de cet échec. A la lueur des expériences réussies, nous aimerions suggérer quelques pistes pour transformer cette tentative avortée en réel succès.
A l’origine, des jardins partagés pour l’autosuffisance alimentaire
L’intuition de regrouper à des usages collectifs des terrains pour l’auto consommation n’est pas nouvelle, car elle prend naissance dès le Moyen âge. Avec les communautés monastiques, les jardins médiévaux sont mis en place aux abords des abbayes ou monastères, tradition qui sera perpétuée par les jardins de curés qui ont longtemps jouxté les presbytères. Cultivant la symbolique du jardin d’Eden, ce sont aussi des jardins utilitaires propices à fournir nourriture, plantes aromatiques, condimentaires et médicinales. Lieux propices à la méditation, ils inspireront nombre de poètes, penseurs et philosophes. 
Au 19ème siècle c’est la révolution industrielle, l’émergence du statut d’ouvrier, l’exode rural et le regroupement de l’habitat près des manufactures qui stimulent l’émergence des premiers jardins ouvriers alors appelés « jardins des pauvres ». 
Il s’agit de parcelles de terrains mises à la disposition des habitants par les communes, et essentiellement affectées à la culture potagère pour favoriser les conditions de vie des ouvriers en leur garantissant une autosubsistance alimentaire. 
On dénombrait en France en 1921 jusqu’à 47 000 jardins ouvriers coordonnés par une Fédération Nationale des Jardins Ouvriers ! 
Après la deuxième guerre mondiale, les jardins ouvriers se transforment en jardins familiaux, avec des parcelles de terrains mises à la disposition d’autres catégories socio-professionnelles. 
Le code rural apporte même un cadre réglementaire aux jardins familiaux (au sens de la loi du 26 juillet 1952). Il précise que leur gestion doit être confiée à des associations loi 1901 (voir l'article L.561-1 du code rural).
Des lieux communs de partage et de projets collectifs aux USA
Dans la période de consommation de masse des trente glorieuses, le mouvement s’érode en France alors qu’il se développe aux Etats–Unis, et notamment à New-York, où les jardins de quartiers communautaires se développent dans les années 1970. C’est l’initiative de Liz Christy (artiste vivant dans le Lower East side de Manhattan) qui, souhaitant valoriser les terrains vagues qui parsèment les quartiers, donnent naissance à ce mouvement. Le Liz Christy Garden,  situé à l’angle de Houston street et de Bowery street existe encore dans Manhattan.
Prenant rapidement conscience du rôle de cette initiative dans la lutte contre la ségrégation raciale et sociale, la municipalité de New York lancera en 1978 un programme d’aide au développement de ces jardins de quartier communautaires. C’est sous cette impulsion que se développent à New-York et dans les principales métropoles d’Amérique du Nord des jardins partagés. Plus de 750 seront recensés dans la presqu'île de Manhattan à cette époque et on en dénombre encore plus de 600 aujourd’hui à New York. 
C’est sans doute dans ces années 70’s que le qualificatif de jardin « partagé » prend tout son sens. Dans cette période consumériste, il ne s’agit plus exclusivement d’assurer une autosuffisance alimentaire mais aussi et surtout de créer des lieux communs de partage et de création de projets collectifs. La terre et les idées sont partagées.
"Le Jardin dans tous ses états" et sa charte des valeurs
En France, à l’initiative d’acteurs associatifs, institutionnels, politiques et de professionnels du jardinage, soutenus par la Fondation de France, les jardins partagés vont se développer dans la décennie 1980-1990 en s’inspirant des pratiques nord-américaines. Un premier réseau informel prend naissance en 1997 à travers « Le Jardin dans tous ses états » qui met en place une Charte des jardins partagés.
Les principes de cette charte sont fondés sur les valeurs communes que sont :
  • Le renforcement des liens sociaux ;
  • L’appropriation du cadre de vie quotidien ;
  • Restaurer utilité sociale et dignité aux personnes en difficultés ;
  • Agir de façon responsable avec l’environnement
  • Partager de nouvelles formes de liberté et d’autonomie.
Disposant désormais d’une dizaine de structures régionales, ce réseau est un acteur reconnu par les différentes instances officielles et très actif dans l’organisation de rencontres sur le sujet des jardins partagés. A noter qu’une des antennes de ce réseau est implantée dans notre région Auvergne Rhône Alpes à travers l’association « Le passe jardins » dont la page web, très richement illustrée, fait état de 437 jardins collectifs (jardins d’insertion, jardins partagés, jardins familiaux) actuellement répertoriés dans notre région. 
Enfin en 2007 naît le Conseil National des Jardins Collectifs et Familiaux dont l’objectif est de promouvoir et encourager le développement de ce type d’actions collectives. Le CNJFCF propose notamment des rencontres avec des jardiniers formateurs dont la carte est en ligne sur son site (https://www.cnjcf.fr/). 
Les périodes de confinement que nous avons connu pendant la crise sanitaire ont renforcé l’attrait du jardinage et du lien social. Les études statistiques menées récemment sur la dégradation de la santé mentale des français durant cette pandémie, montre que parmi les facteurs préventifs, disposer d’un jardin a réduit le risque de détresse psychologique. 
La mise à disposition par la municipalité de St Georges de jardins partagés pour les habitants qui n’en disposent pas, est donc une opportunité à saisir pour le bien être de la collectivité en tant que facteur d’épanouissement personnel, de paix sociale, d’entraide et de promotion d’un développement durable.
Quelques exemples en Beaujolais
Les exemples de jardins ouvriers et familiaux ne manquent pas à proximité de St Georges.
L’association caladoise des jardins ouvriers et familiaux localisée à Villefranche sur Saône est implantée sur plusieurs sites (Clos Grégoire, Plage Bordelan, Chemin des Grands-Moulins) couvrant aujourd’hui près de 30 parcelles d’une taille moyenne de 150 m2. Sur des terrains mis à disposition par la municipalité ou la cure, un abonnement annuel de 70 euros par parcelle, tarif comprenant l’alimentation en eau, plus une subvention versée par la mairie, suffisent à l’autofinancement de l’association. 
A Belleville, c’est le secours populaire qui a été à l’initiative de la création d’un jardin partagé en 2004. 32 parcelles de 80 mètres carrés sont cultivées sur un terrain de la mairie, laquelle l’a équipé en électricité et a fait creuser un puits artésien pour l’arrosage. 
Un jardin partagé local est également en place à Arnas qui couvre près de 1,1 ha et réuni une quinzaine de familles. La délégation “Territoires Vivants” a trouvé un projet qui lui permet d’associer les familles. Chaque jardin est divisé en plusieurs parcelles individuelles ou collectives. Les parcelles collectives font l’originalité de ces jardins. Pour les développer, les jardiniers doivent travailler et prendre des décisions en commun.
Dans la commune de Sarcey, le conseil municipal vient de décider de créer un jardin partagé de quatre lots de 60 m2 pour les résidents de la commune ne disposant pas de jardin. Un règlement très précis et une fiche de candidature en bonne et due forme sont disponibles sur le site web de la Mairie.
Stimuler l’émergence des jardins partagés, essaimer et ne pas effrayer
A St Georges de Reneins, l’appel à candidatures de notre adjoint chargé de l’environnement, sans doute rempli de bonnes intentions, souffrait semble-t-il d’une absence de préparation.
Pas de présentation des enjeux, ni d’utilisation de moyens modernes (visioconférence, clip vidéo en ligne…) pour signaler l’engagement de la commune et stimuler la curiosité et la participation.  La lettre ne précisait pas non plus où se situeraient les terrains que la Mairie souhaitait mettre à disposition des citoyens impliqués dans ce projet, ni même les moyens et encore moins un règlement comme à Sarcey.
Ce n’est que interrogé lors des questions diverses du conseil municipal du 26 avril dernier, que l’adjoint au maire chargé de l’environnement nous a révélé la mise à disposition de dix parcelles de 100 m2, le long de la voie verte de la Vauxonne, sur la partie non constructible du site des Gravins. Il s’agit d’un bel emplacement qui verra sous peu fleurir de nouveaux logements et donc une population potentielle susceptible d’adhérer à ce projet collectif.
Pourquoi ne pas l’avoir annoncé dans cette lettre d’appel à candidatures ?  Pourquoi ne pas avoir envisagé d’autres zones à proximité d’immeubles collectifs existants, plus propices à attirer les candidatures ? Le terrain aux Gouttes, propriété de la mairie à proximité du centre Leclerc (initialement acquis pour y construire la caserne des pompiers), ne pouvait-il pas être mobilisé pour offrir aux habitants des immeubles du boulevard Bullukian la possibilité de pouvoir y développer des jardins partagés ?
De même, en insistant beaucoup trop sur le degré d’implication revendiqué de la part des participants à ce projet, le temps a y consacrer et sur les compétences requises, n’a-t-on pas dissuadé certains candidats potentiellement intéressés ? 
Avec un tel cahier des charges, le signal envoyé a sans doute freiné les candidatures les plus téméraires ...

Chantier des Gravins, avec à gauche, les voies ferrée et verte de la Vauxonne
Cibler la population concernée, rassembler et impliquer les écoles
Or, le principe du jardin « partagé » est par essence, la solidarité et le transfert du savoir-faire entre personnes de bonnes volontés.
Si nous devons confier la gestion des jardins partagés qu’aux seuls jardiniers chevronnés et totalement libres de leur temps, la base de recrutement deviendrait très rapidement proche de l’ensemble vide. Il faut dans ce genre d’initiative faire preuve d’un peu de pédagogie. Expliquer l’état d’esprit du jardin partagé, informer sur les lieux et les moyens d’assistance initialement apportés par la Mairie, rappeler les principes d’usages élémentaires sans oublier la réglementation. 
Avant toutes choses, cibler la population concernée, rassembler les bonnes volontés et des personnes motivées… bref essaimer ! Il faut ensuite laisser les initiatives citoyennes se mettre en place, se structurer, se coordonner, faire confiance à l’apprentissage progressif et au développement d’une auto-organisation confiée à l’initiative citoyenne. Il faut également accepter une période transitoire dans laquelle les échecs seront sources d’apprentissage pour atteindre le succès et l’entrée dans un développement harmonieux de ces jardins partagés. 
Enfin, impliquer les écoles, les élèves et les parents d’élèves est un tremplin utile à la mise en place de ces jardins partagés. Ils offrent un magnifique terrain de travaux pratiques et d’expériences naturelles pour la prise de conscience du développement durable, du geste écologique, de la permaculture, de la nourriture bio et du recyclage des déchets verts. 
Pour conclure, regrettons l’échec momentané de ce lancement du projet de jardins partagés sur le site des Gravins. Cet échec est d’autant plus paradoxal que le projet s’inscrit pleinement dans l’une des orientations du PLU au titre de l’OAP des Gravins qui prévoit notamment une protection de la continuité écologique de la Vauxonne (voir plan en page 14 du document Organisation d’Aménagement et de Programmation).
Fort de nos encouragements, souhaitons pleine réussite à la nouvelle copie de l’appel à candidatures pour ces premiers jardins partagés de St Georges !
Le site des Gravins au 26/06/2021 : une dizaine de parcelles, avec des cabanes en construction, des points d'eau et bientôt des panneaux voltaïques ...

Une des 15 nouvelles familles en pleine action avec les moyens humains et matériel de la commune

Commentaires

  1. Une première réunion a eu lieu cette semaine, avec 4 candidats. Le site du Gravin a été confirmé et une association va être créée. Nous vous en parlerons prochainement...

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  2. Contactée au téléphone le 15/06/2021, la présidente de l'association nous a fait savoir que la mairie lui a interdit de communiquer sur les jardins partagés. Curieuse attitude qui ressemble à l'interdiction imposée aux citoyens du groupe de réflexion, de communiquer sur le projet de réhabilitation de l'ancien Foyer Municipal. Cette curiosité mesquine est même allée jusqu'à demander les textes et photos du Blog pour alimenter le prochain St Georges Info …

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  3. L'article Le PROGRES du 23 juillet 2021 confirme cette attitude mesquine de certains élus, d'interdire l'accès aux "Jardins Partagés" aux "Tintins reporters" ...

    Voir l'article en cliquant ici

    Pour autant, félicitons l'heureux élu du 13 novembre 2021, qui a reçu le trophée du plus beau cardon de St Georges, offert par Michel Piret !
    Voir la photo de la Mairie en cliquant ici

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  4. Belle initiative des Jardins Partagés, avec l'installation prochaine de deux ruches grâce à notre spécialiste apiculteur Reneimois Gilbert Fontaine 🐝 !
    Retrouvez la photo et l'article de V.Vigne du PROGRES

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  5. Extrait de la page Facebook de la Mairie de St Georges 🥕 [Jardins partagés] 👩‍🌾

    C’est le moment de préparer le terrain pour la future saison ! Les jardins partagés de Saint-Georges-de-Reneins ont dès aujourd‘hui quatre parcelles de disponibles avec cabane et cuve à eau.
    Si vous êtes intéressés, contactez : lesmauvaisesgraines69830@gmail.com


    Bon jardinage ! 😀

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